
La capacité de Trump à faire baisser les prix du pétrole par sa seule parole est mise à l’épreuve
À mesure que le conflit avec l’Iran s’enlise, de simples déclarations pourraient ne plus suffire à contenir la hausse des prix.
Traduction d’un article rédigé par Michael Haigh, Responsable de la recherche FIC et matières premières chez Société Générale, publié dans le Financial Times le 28 juillet 2026.
Alors que la guerre avec l’Iran se prolonge, la capacité du président Donald Trump à influencer les prix du pétrole par ses déclarations est mise à l’épreuve.
Les cours du pétrole ont fortement reculé lundi à la suite d’une apparente accalmie dans le conflit autour du détroit d’Ormuz. Toutefois, alors que le trafic maritime dans le détroit demeure pratiquement interrompu et que les stocks mondiaux de pétrole brut et de produits raffinés diminuent à un rythme record, le risque d’un nouveau rebond des prix reste élevé.
Dans une telle situation, que peuvent faire les dirigeants politiques pour éviter un emballement des prix du pétrole, en dehors de puiser dans les réserves stratégiques ? L’expérience montre qu’ils cherchent presque toujours à influencer les perceptions du marché avant même que les fondamentaux économiques ne produisent leurs effets, à travers leurs prises de parole.
Ils ont tiré les leçons des erreurs du passé, en particulier d’un épisode célèbre remontant à 1977. Le président Jimmy Carter avait alors choisi de mettre l’accent sur la rareté des ressources plutôt que d’en minimiser les risques. Avertissant les Américains qu’ils devraient consentir à des sacrifices, Carter déclarait que « le pétrole et le gaz naturel étaient en voie d’épuisement » et que la production mondiale finirait par ne plus pouvoir répondre à la demande. Cette approche était peut-être courageuse sur le plan politique, mais elle s’est révélée économiquement contre-productive.
Sans surprise, Carter ne parvint pas à rassurer les marchés. Au contraire, il pourrait même avoir aggravé la situation. Les prix du pétrole continuèrent de grimper, tout comme les surprises inflationnistes. Cette erreur ne devait plus se reproduire.
La communication est cruciale car les chocs énergétiques alimentent directement les anticipations d’inflation, la confiance des consommateurs et le positionnement des marchés financiers. C’est pourquoi les déclarations officielles privilégient souvent un ton rassurant, mettant en avant des « approvisionnements stables », des stocks jugés suffisants et la disponibilité d’outils politiques adaptés, même lorsque les équilibres réels entre offre et demande se tendent.
Après Carter, Ronald Reagan adopta une approche diamétralement opposée. Plutôt que d’insister sur la rareté, il mit l’accent sur l’abondance des ressources, la production et, surtout, la déréglementation. Lors de la crise de la guerre du Golfe en 1990-1991, le président George H. W. Bush ne nia pas les risques, mais il s’attacha à les présenter comme maîtrisables. Il souligna que les réserves stratégiques seraient mobilisées « afin de favoriser la stabilité des marchés mondiaux ». Il préféra puiser dans ces réserves plutôt que de prôner la pénurie pour contrer la panique. Il coordonna également ses actions avec d’autres pays afin de renforcer le message selon lequel l’approvisionnement serait assuré.
La communication de Barack Obama lors de la perturbation du marché pétrolier provoquée par la guerre civile en Libye en 2011 suivit la même logique. Il s’empressa de rassurer les marchés en affirmant que ce choc serait temporaire, déclarant que les prix « se stabiliseraient » et que l’économie mondiale pourrait « résister » à cette flambée.
Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Joe Biden insista sur une action internationale coordonnée. Il souligna que plus de trente pays allaient libérer des réserves stratégiques tout en affirmant que les États-Unis étaient prêts à « injecter des volumes supplémentaires si les conditions l’exigeaient ».
Jusqu’à la remise en cause du protocole d’accord sur le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, la stratégie de communication de Donald Trump semble avoir joué un rôle important dans la maîtrise des prix du pétrole. Son discours, résolument confiant, visait à convaincre les marchés que toute perturbation serait limitée dans le temps et contenue.
Trump a répété à plusieurs reprises que les tensions se dirigeaient vers une résolution ou qu’elles demeuraient sous contrôle, laissant entendre que toute escalade resterait circonscrite et que les flux d’approvisionnement reviendraient rapidement à la normale. Ce discours s’ajoutait aux signaux de progrès diplomatique, à la perspective d’un soulagement de l’offre et aux efforts visant à contenir les risques d’escalade.
Dans le même temps, Trump a renforcé l’idée que la solidité de la production américaine et la capacité de l’offre mondiale peuvent compenser d’éventuels déficits temporaires, indiquant implicitement aux marchés qu’il n’existe aucune pénurie structurelle. Une étude des réactions du marché à ses déclarations est particulièrement révélatrice.
Parmi les 27 déclarations de Donald Trump sur l’évolution du conflit avec l’Iran que nous avons analysées, entre la fin février et la signature du protocole d’accord à la mi-juin, les prix du pétrole ont reculé en moyenne de 0,31% le lendemain de ses interventions, la plus forte baisse atteignant 13,2%. En d’autres termes, sa stratégie de communication a fonctionné.
S’il est vrai que les États-Unis bénéficient aujourd’hui d’un niveau de production confortable, leurs stocks restent en réalité très faibles, tandis que les capacités mondiales d’approvisionnement diminuent rapidement. Dans un marché désormais enlisé dans une impasse caractérisée par des contraintes d’approvisionnement, la dégradation des fondamentaux liés aux stocks risque toutefois de prendre progressivement le dessus sur la rhétorique politique. Les prises de parole ne sauraient contenir durablement les prix : à terme, le resserrement des équilibres de marché finit par s’imposer de nouveau dans l’analyse des investisseurs.



