CBDC : des moyens de paiement complémentaires, pas des réserves de valeur

02/11/2021

L’an dernier, à l’occasion du SIBOS 2020, les experts de Société Générale Global Transaction Banking évoquaient l’ascension irrésistible des monnaies numériques de banques centrales (MNBC en Français, ou CBDC en anglais). Un an après, l’intérêt des banques centrales pour le sujet ne s’est pas démenti, mais de nombreuses questions restent en suspens.

Depuis 2020, de plus en plus de banques centrales ont démontré leur intérêt pour les monnaies numériques, avec des orientations bien différentes selon les pays. En Chine (avec le e-Yuan) ou en Uruguay (avec le e-Pesos), ces monnaies sont destinées au “retail” : elles visent à favoriser les échanges du quotidien, tout en donnant aux autorités un contrôle accru sur les transactions.

Néanmoins, une grande partie des travaux d’étude et des expérimentations en cours sont plutôt liées aux usages de ces monnaies digitales dans le cadre d’échanges “wholesale”, c’est-à-dire pour des paiements à haute valeur ajoutée, réservés à des acteurs financiers spécialisés (banques, institutions, assureurs,…). 

C’est cette approche qui est pour l’heure dominante en Europe, avec, par exemple, les expérimentations auxquelles participe Société Générale via sa filiale Forge. Au printemps 2021, Forge a ainsi contribué à l’émission d’obligations numériques sur la blockchain, pour le compte de la Banque Européenne d’Investissement (BEI). Dans le cadre d’un partenariat avec la Banque de France, le règlement des titres effectué par les souscripteurs à la BEI a été représenté par de la CBDC émise sur la blockchain.

Pourquoi les banques centrales s’intéressent-elles aux CBDC ?

Selon les pays et le niveau de maturité de chaque économie, les CBDC représentent ainsi des intérêts bien différents. Si une puissance comme la Chine y trouve une possibilité d’affirmer sa souveraineté, d’imposer une alternative au dollar et de mieux contrôler les transactions sur son sol, les pays faiblement bancarisés espèrent plutôt y trouver un moyen de favoriser l’inclusion financière de leurs populations. 
 

« Quant aux banques centrales des économies les plus développées, elles espèrent principalement en tirer des gains d’efficacité et de fiabilité pour les échanges wholesale, tout en démontrant leurs capacités d’innovation dans un contexte de développement de la finance décentralisée. »

Selon la façon dont elles sont pensées et déployées, les CBDC peuvent donc apporter des réponses aux problématiques propres à chaque zone : développer le commerce cross-border, assurer une plus grande traçabilité des échanges domestiques, encourager l’innovation, accélérer les paiements, améliorer la résilience du système financier, etc… mais surtout constituent une réponse aux initiatives privées des géants de la tech

Plus de questions que de réponses, pour l’instant

En Europe, l’intérêt des CBDC pourrait pourtant s’avérer limité : en wholesale, les infrastructures existantes sont déjà performantes et continuent à s’améliorer, tandis qu’en retail, le taux de bancarisation est déjà particulièrement élevé chez les particuliers. L’entrée dans une phase “d’investigation” sur la création d’un euro digital retail, annoncée le 14 juillet 2021 par la BCE, servira sans nul doute à évaluer l’intérêt d’un tel projet pour la zone euro.

L’un des risques est notamment d’aboutir à une hyper-fragmentation du marché, où co-existeraient différents systèmes de paiement et différents types de cryptocoins (CBDC, cryptomonnaies, stable coins…), avec peu, voire aucune, interopérabilité entre eux. Mais il est cohérent pour la BCE de s’intéresser aux principes de la finance décentralisée afin de pouvoir proposer des alternatives “hybrides” qui sauront tirer parti des avancées technologiques tout en capitalisant sur les infrastructures actuelles, ces dernières ayant déjà prouvé leur efficacité et leur résilience.

Cette phase d’investigation servira également à répondre aux questions techniques. Car le choix de l’architecture technologique retenue (sera-t-elle centralisée, partiellement ou totalement décentralisée ?) revêt de forts enjeux en termes de gouvernance, de contrôle et de transparence. Ces choix technologiques auront également des implications cruciales en matière de résilience et de soutenabilité écologique. La réflexion en cours devra aussi prendre en compte le sujet des coûts financiers et de partage de la valeur entre les différents acteurs de la chaîne.

« Quoi qu’il arrive, les CBDC retail, en Europe comme dans le monde, pourront difficilement représenter une nouvelle forme de réserve de valeur sans mettre à mal les délicats équilibres financiers actuels : il est probable voire souhaitable qu’elles deviennent uniquement des moyens de paiement additionnels. En outre, à quelques exceptions près, ces monnaies trouveront surtout un intérêt dans le cadre des échanges wholesale et cross-borders, davantage que pour opérer les transactions du quotidien. La question de l’interopérabilité entre elles devient dès lors fondamentale. »

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