Le captage du carbone en passe d’atteindre son potentiel en matière de décarbonation

17/06/2022

Une répartition appropriée des risques dans la chaîne de valeur du CSC (captage et stockage de CO2) peut permettre de financer davantage de projets.

Le captage du carbone est essentiel dans la lutte contre le réchauffement climatique.
C’est l’avis unanime de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) et de nombreux gouvernements, qui s’accordent à dire que cette technologie est essentielle pour décarboniser l’industrie lourde. En effet, les modèles de l’AIE prévoient que cette technologie peut éliminer environ 15% des émissions dans l’atmosphère. 

« La séquestration du carbone est un vrai moyen de réduire l’empreinte carbone de l’industrie à forte intensité énergétique et, dans le cas d’une capture directe dans l’air, de créer une émission négative ce qui est très utile car vous compensez les émissions de CO2 excédentaires qui ne peuvent pas être réduites par d’autres procédés », explique Olivier Musset, responsable mondial de l’énergie chez Société Générale. « C’est pourquoi tous les observateurs sont convaincus que le captage du carbone doit jouer un rôle clé dans la transition énergétique. »

L’élan en faveur du captage, de l'utilisation et du stockage du carbone (CCUS -Carbon Capture, Use and Storage) s'accélère – avec des plans pour plus de 100 nouvelles installations annoncées en 2021. Pourtant, les projets en cours n’atteignent pas les 1,7 milliard de tonnes de capacité de captage du CO2 nécessaires d’ici à 2030 pour mettre le monde sur la voie du scénario "zéro émission" de l’AIE d’ici à 2050. La technologie est suffisamment avancée. Ce qui fait défaut, ce sont les modèles appropriés pour répartir les risques dans les chaînes de valeur du captage du carbone. 

Cependant, il est important de noter que cette situation est en train de changer, ce qui pourrait accélérer le développement des projets CCUS. L'innovation en matière de répartition des risques dans deux pôles industriels britanniques pourrait servir de modèle pour la commercialisation et le financement à grande échelle du CCUS.

Répartition des risques entre les chaînes de valeur


Le captage du carbone implique des chaînes de valeur complexes. Au début de la chaîne de valeur se trouvent les grands émetteurs de CO2, tels que les centrales électriques au gaz, les cimenteries, les fonderies d’acier, les usines chimiques ou les producteurs d’hydrogène. Le CO2 est ensuite séparé, capté, traité, comprimé et transporté par pipeline, bateau, train ou camion pour être utilisé dans diverses applications, ou injecté dans des formations géologiques profondes, notamment des réservoirs de pétrole et de gaz épuisés, qui piègent le gaz en vue d’un stockage permanent.

Les deux pôles industriels du Royaume-Uni disposent de ces chaînes de valeur. À titre d’exemple, le pôle Nord-Est réunit deux organisations complémentaires : Net-Zero Teeside et le Northern Endurance Partnership. Le premier inclut une nouvelle centrale électrique à gaz avec des installations de captage du carbone, le second comprend un pipeline et un stockage sous-marin pour le stockage géologique permanent du CO2 comprimé dans un aquifère salin sous-marin. 

La clé de la viabilité de ces chaînes de valeur du CCUS est un cadre de répartition des risques que le gouvernement britannique développe depuis plusieurs années avec le soutien de Société Générale et d’autres parties prenantes. Pour soutenir Net-Zero Teeside, le gouvernement britannique prévoit d’utiliser un mécanisme contractuel prévoyant une protection implicite contre le risque de non-disponibilité durant une période prolongée du pipeline et des installations de stockage. En ce qui concerne le Northern Endurance Partnership, un modèle commercial plus réglementé offre une protection contre le risque de non-production du CO² attendu de la part de la centrale électrique et d’autres émetteurs. 

« L’idée de ces modèles commerciaux n’est pas de réduire complétement les risques des projets, mais plutôt de créer une répartition appropriée des risques qui permet le financement de tous les éléments de la chaîne de valeur avec une protection supplémentaire contre les risques qui ne peuvent pas être gérés de manière adéquate par le secteur commercial/financier, tels la défaillance prolongée de certains éléments de la chaîne », note Allan Baker, responsable conseil et financement de projets chez Société Générale. 

Appétence pour le financement


Dans le monde entier, les gouvernements placent désormais le captage du carbone au cœur de leurs plans de transition vers des économies à zéro carbone, soutenus par des politiques favorables. Par exemple, les gouvernements américain, norvégien, néerlandais et britannique ont mis en place une série d’incitations pour les projets du CCUS, notamment des crédits d’impôt, des taxes à la consommation et des financements publics directs. Cela a donné envie aux banques de fournir des financements, explique Allan Baker, qui dirige le travail de Société Générale en tant que conseiller financier pour un certain nombre de projets CCUS et a soutenu les négociations avec le gouvernement sur les modèles économiques sous-jacents. 

« Il s’agit d’opportunités à très grande échelle » dit-il. « Nous ne parlons pas ici de petits prototypes d’usines. Ce sont des projets avec des investissements de plusieurs milliards de dollars chacun. Cela attire l’attention de la communauté financière de voir un ensemble de très grands projets bénéficiant d’un soutien politique important avec des politiques gouvernementales et représentant potentiellement une opportunité commerciale mondiale. »

En effet, Société Générale et l’ensemble de la communauté financière ont un rôle important à jouer dans l’accélération du CCUS. En travaillant avec les industries concernées, Société Générale a déjà contribué à modéliser le transfert des risques dans la chaîne de valeur émergente et à soutenir le développement de politiques gouvernementales. 

Grâce à des solutions de financements adaptées à la technologie CCUS, il est probable que les gouvernements et les entreprises d’Asie, d’Europe et des États-Unis accélèrent le développement de nouveaux projets. Si jusqu'à présent le captage du carbone a surtout été utilisé dans le secteur du pétrole et du gaz, les modèles d'allocation des risques en cours d'élaboration et d'expérimentation devraient accroître son utilisation dans tous les secteurs industriels. 

« Nous nous intéressons depuis longtemps au potentiel du captage du carbone » explique Olivier Musset. « Cela a juste pris plus de temps que prévu d’arriver à la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. »

 

 

1IEA Sustainable Development Scenario. The role of CCUS in net-zero pathways. www.iea.org/reports/about-ccus.
Olivier Musset Global Head of Energy Societe Generale Corporate and Investment Banking