
L’économie américaine en 2026 : une année plus dynamique qu’incertaine
Par Subadra Rajappa, Responsable de la recherche, Société Générale Americas.
Malgré les turbulences de 2025, la robustesse de l’économie des États-Unis persiste, et nous estimons que cette dynamique devrait se poursuivre avec la nouvelle année, avant de probablement s’atténuer légèrement au second semestre. Globalement, cependant, Société Générale anticipe une croissance du PIB comprise entre 1,75% et 2% en 2026, après celle d’environ 2% pour cette année. Les États-Unis conserveront ainsi la croissance la plus rapide des principales économies développées.
Des raisons d’être optimiste
Cette dynamique s’explique avant tout par l’investissement du secteur privé. Celui-ci, porté par les investissements massifs dans la course à l’IA, inclut également les secteurs de l’électrification, de la climatisation et plus généralement de la transition énergétique. Il serait peut-être exagéré d’affirmer que la croissance américaine aurait stagné cette année sans le boom des centres de données, mais son impact est indéniable. Pour ne citer qu’une statistique impressionnante : les « hyperscalers » devraient émettre 200 milliards de dollars d’obligations d’entreprise pour l’année 2025 et nous prévoyons une augmentation de 50 à 75% de ce chiffre pour l’année prochaine.
Une autre raison d’être optimiste pour 2026 : la relance budgétaire portée par la loi « One Big Beautiful Bill » est anticipée. Parmi les mesures phares : un amortissement fiscal intégral, la suppression des taxes sur les pourboires et les heures supplémentaires, ainsi qu’une hausse des aides à la garde d’enfants — le tout avant l’entrée en vigueur des coupes budgétaires.
De plus, le premier trimestre bénéficiera du rebond des dépenses publiques et de consommation après le récent « shutdown », avec la reprise des programmes fédéraux et le retour des employés fédéraux mis en congé, qui percevront leurs arriérés de salaire. On notera aussi l’effet de richesse lié à un marché boursier toujours solide et à des conditions financières accommodantes – qui le deviennent encore davantage avec la réduction des taux d’intérêt de la Réserve fédérale et l’augmentation de son bilan
Quelques points d’attention
À mesure que 2026 progresse, certains risques devront être pris en compte, le principal étant l'orientation de la politique monétaire. La Fed a poursuivi une trajectoire de baisse des taux, la réduction du 10 décembre constituant la troisième diminution en 2025, ce qui contribue, bien entendu, à stimuler l'activité économique.
Cela dit, chez Société Générale, nous n’anticipons qu’une ou deux nouvelles baisses l’an prochain, moins que ce que la plupart des autres analystes prévoient. En effet, notre préoccupation réside dans une possible réaccélération de l’inflation, ou du moins des perspectives inflationnistes. Nous pensons que la banque centrale devra de plus en plus en tenir compte, au détriment de ses préoccupations sur le ralentissement du marché du travail.
Si le nouveau président de la Fed nommé pour remplacer Jay Powell en mai prochain est très accommodant, des taux nettement plus bas reviendront à l’ordre du jour – même si l’impact sur les marchés et les conditions financières pourraient être compensés par des inquiétudes croissantes quant à l’indépendance de la banque centrale.
Quel que soit son futur dirigeant, il faut noter que la Fed ne dispose pas des outils nécessaires pour gérer ce que l’on décrit à juste titre comme une économie de plus en plus en « K ». Plus de 50% des dépenses de consommation aux États-Unis proviennent des 10% les plus riches de la population, qui bénéficient de l’inflation des actifs financiers. Pendant ce temps, les 90% restants commencent à souffrir de la hausse des prix des biens et services et de l’augmentation des licenciements.
À cela s’ajoute l’incertitude liée aux tarifs douaniers. Bien que les ménages et les entreprises aient fait preuve d’une résilience remarquable face aux va-et-vient de la politique commerciale de l’Administration, les perspectives sont encore plus floues aujourd’hui, au vu des décisions judiciaires à venir sur la légalité du régime tarifaire actuel.
Quoi qu’il arrive, les tarifs plus élevés devraient rester en place, et la Maison-Blanche dispose d’une série de mécanismes de sécurité nationale et de commerce équitable pour justifier leur réimposition si les taxes actuelles étaient annulées. D’autant plus que leurs recettes contribuent grandement à contenir un déficit fédéral croissant. Cela reste toutefois une source supplémentaire d’inflation et d’incertitude.
Enfin, les élections de mi-mandat se tiendront fin 2026. Elles ajoutent de l’incertitude politique et font peser la menace d’un gouvernement paralysé, ce qui mettrait fin à une politique économique clairement favorable aux entreprises et aux marchés.
Le verre reste à moitié plein
Malgré tout, les perspectives économiques des Etats-Unis en 2026 restent globalement positives. Les consommateurs américains ont montré une résilience remarquable au fil des cycles économiques, et l’investissement des entreprises pourrait continuer à surprendre à la hausse. Par ailleurs, il n’existe à l’échelle mondiale aucun autre marché qui offre aux investisseurs autant d’opportunités sur des marchés financiers basés sur l’ouverture, des règles claires, des données fiables et – dans l’ensemble – une politique économique sensée.




