Les technologies de renforcement de la confidentialité des données, ou comment améliorer l’efficacité globale et réduire les coûts de nombreux cas d’usage dans le secteur financier

14/10/2020

Cécile Bartenieff, COO et Directrice de l’IT et des opérations de la Banque de Grande Clientèle et Solutions Investisseurs de Société Générale, a participé, lors de la session de novembre du SIBOS, à la table ronde sur les technologies de renforcement de la confidentialité des données (« Privacy Enhancing Technologies » (P.E.T)).

Garantir la qualité de leurs données est un vrai défi pour les établissements financiers. Au-delà des coûts associés, les tâches relatives à la mise à jour et à la vérification de la conformité des données nécessitent des ressources humaines considérables.
Chaque année, les banques achètent des données d’une valeur équivalant à plusieurs centaines de millions d’euros auprès de « Data Vendors » (sociétés spécialisées dans l’obtention et la revente d’informations clients pour d’autres entreprises). Ces données évoluent et doivent être mises à jour à des fins de développement commercial et pour répondre aux exigences des régulateurs, qui font pression sur les établissements financiers pour tenir à jour leurs données en respectant le plus haut niveau de qualité possible.
Les « Data Vendors » ayant eux-mêmes des difficultés à préserver la qualité de leurs propres données, c’est une tâche complexe.
C’est pourquoi, début 2018, Société Générale (via son entité « Global Business Service Unit », dirigée par Cécile Bartenieff) a rejoint un consortium pour lancer la plate-forme MADRecMass Anonymous Data Reconciliation »), afin de mesurer la qualité des données du Groupe en la comparant à celle de ses pairs et « Data Vendors ». Plusieurs banques et « Data Vendors » ont progressivement rejoint ce consortium, attirés par les enjeux du projet. 

En raison d’une divergence de vision stratégique, Société Générale a décidé de se retirer de MADRec en septembre 2019 et de mettre en place son propre consortium. Ceci afin de créer, sur le même principe que MADRec, une nouvelle plate-forme pour évaluer si les P.E.T pouvaient contribuer à créer une solution partagée visant à :

  • mesurer la qualité de ses données clients par rapport à ses pairs sans révéler ses données ou ses relations clients ;

  • éviter les coûts associés au recours à un tiers pour centraliser les contrôles ; 

  • réduire les coûts de maintenance interne.


Grâce aux P.E.T, début 2020, nous avons atteint un niveau de confiance optimal entre membres du consortium et mis en œuvre le PoC (« Proof of Concept ») validant ces hypothèses. C’est le projet DANIE.

Le projet DANIE rassemble un consortium de banques et de « Data Vendors » qui collaborent pour développer une solution innovante pour le secteur bancaire. Celle-ci permettrait d’améliorer la qualité des données, de réduire les coûts et de favoriser la standardisation des données de référence, nécessaires pour le traitement des échanges commerciaux, la gestion des risques et les rapports réglementaires.
L’objectif du consortium est d’améliorer la qualité des données en utilisant une fonctionnalité de rapprochement distribuée (P.E.T) pour mettre en évidence de manière sécurisée et anonyme les anomalies en matière de données de chaque entreprise par rapport aux valeurs équivalentes soumises par leurs pairs. La solution technique est fournie par la start-up londonienne Secretarium.
Le consortium de DANIE s’est basé sur notre premier cas d’usage pour comparer la qualité des données de référence client avec nos pairs grâce à une clé de « matching » : le LEI ou « Legal Entity Identifier ». Tous les champs de données liés à ce LEI ont ensuite été rapprochés avec nos pairs.
Chaque participant a envoyé sa liste de LEI à la plate-forme DANIE, de manière anonyme et chiffrée, en accord avec le format de chaque champ de données requis par la plate-forme. 
En fonction du volume de données, un rapport est généré en quelques secondes ou minutes, indiquant si vous êtes en conformité avec vos pairs et révélant l’emplacement des anomalies identifiées.
La différence majeure par rapport à l’approche actuelle réside dans le fait que nous pouvons comparer nos données directement avec nos pairs en respectant la confidentialité et sans l’intervention d’un tiers de confiance
Trois banques et trois « Data Vendors » ont participé aux PoCs. Le premier, en mars 2020, avec 22 570 LEI couvrant 15 champs de données. Le deuxième, en juin : le consortium de DANIE a alors élargi le volume traité pour atteindre 200 000 LEI couvrant environ 30 champs de données. En quelques secondes, les banques ont pu identifier 5 à 10 % d’erreurs parmi des milliers de données via une plate-forme simple d’utilisation.

Le consortium prévoit d’étendre le jeu de données au domaine de la lutte contre le blanchiment d’argent / « Know Your Customer » (LCB /KYC). Le consortium de DANIE continue d’intégrer de nouveaux établissements financiers, car cette solution ne peut être utile et efficace que si de nombreux acteurs/banques rejoignent l’initiative. Grâce à la scalabilité du calcul confidentiel fourni par Secretarium, il faudrait considérer DANIE comme une plate-forme capable de prendre en charge plusieurs applications supplémentaires. La comparaison de la qualité des données est la première application utilisée, mais d’autres applications en matière de réglementation anti-blanchiment d’argent et de lutte contre le financement du terrorisme, de données de marché, etc., sont également envisageables, car cette nouvelle technologie offre de nombreuses opportunités.  

« Je crois aux technologies renforcement de la confidentialité des données (P.E.T) : le désir de confidentialité n’est pas une tendance passagère. Que ce soit sous l’impulsion des gouvernements, des régulateurs ou des consommateurs, la priorité est donnée à la sécurité et à la confidentialité des données. Nous devons être prêts à y répondre. Les P.E.T offrent des solutions techniques pour relever ces défis. Grâce à ces technologies, qui nous permettent de collaborer directement avec nos pairs, nous pourrons améliorer l’efficacité globale et réduire les coûts de nombreux cas d’usage dans le secteur financier. »

Cécile Bartenieff
COO and Head of IT & Operations for Societe Generale Global Banking & Investor Solutions