Les satellites seront-ils les guides de l'investissement durable ?

07/05/2020

La vue du ciel ne ment pas. En effet, pendant l’épidémie, les satellites ont montré une image révélatrice de la chute des niveaux de dioxyde d’azote, un polluant majeur associé à l’activité industrielle.

À l'heure où les investisseurs ont besoin d'informations factuelles sur les impacts environnementaux des entreprises, une nouvelle source s'ouvre à eux : l'imagerie satellite. Un nombre croissant d'organisations spatiales commercialisent des données offrant à l'investissement responsable et durable une vision claire, non seulement de l'impact des entreprises et de l'industrie sur l'environnement, mais aussi des répercussions des bouleversements environnementaux sur ces entreprises.

Alors que l'investissement durable est en passe de devenir une discipline à part entière, les données extraites de l'imagerie satellite sont de plus en plus courantes. Les satellites en orbite de la Terre sont une source ultra précieuse pour vérifier et identifier les impacts environnementaux grâce à leurs images en temps réel qui font fi des frontières géographiques. Les données satellites peuvent vérifier et augmenter la quantité d'informations environnementales dans le reporting de l'entreprise et lui donner ainsi une vision plus complète de la réalité. Des indices ESG (environnement, social et gouvernance) quantitatifs et mesurables peuvent en être extraits et être comparés par les investisseurs aux informations déclarées.

Ils peuvent ainsi suivre l'impact des activités des entreprises en termes de pollution, gaz à effet de serre et déforestation. Les investisseurs peuvent également utiliser les données pour contrôler les niveaux de rejets dans l'atmosphère et les cours d'eau en temps réel. Tout converge vers une plus grande utilisation de ces données à mesure qu'elles deviennent moins onéreuses, plus faciles à traiter et qu'elles délivrent une information judicieuse.

À l'heure actuelle, l'Agence spatiale européenne (ESA) est la principale source en Europe de données spatiales « ouvertes et en ligne ». Au travers de Copernicus, Programme d'Observation de la terre de l'Union Européenne, l'ESA met en place une série de missions baptisées Sentinelles. Six familles de Sentinelles d'observation de la terre parcourent ainsi les continents, les océans et l'atmosphère, à l'aide d'images optiques, radar et multi-spectrales. Parallèlement, des entreprises de la nouvelle ère du spatial lancent des satellites à bas coût qui réduiront le coût des données. Par ailleurs, des start-up spécialisées dans l'analyse transforment ces données en une mine d'informations précieuses.

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Transformer l'information en une nouvelle source d'intelligence

Il existe trois types de données satellites génériques qu'on appelle également données spatiales, selon Jason Maroothynaden, Business Broker à l'ESA. Tout d'abord, l'observation terrestre. Ensuite, les données de communication. Enfin, les données de référencement qui précisent une unité de temps et de lieu et qui permettent de référencer dans le temps et l'espace tout ce qui peut se trouver à la surface de la terre. Maroothynaden estime qu'une fusion de ces trois catégories de données serait extrêmement précieuse pour les investisseurs.

« Ces trois classements différents pourraient être fusionnés en un seul et utilisés pour articuler différentes analyses. C'est vraiment ce qu'il y a de plus excitant dans tout ce qui se passe dans l'univers de l'espace et de la donnée spatiale. »

Jason Maroothynaden
Business Broker à l'ESA

Transformer les données en nouvelles sources d'intelligence est une voie d'exploration en plein essor, avec un potentiel gigantesque pour l'investissement durable.

QuantCube, jeune pousse parisienne de prévisions économiques fondées sur l'IA, analyse les données satellites au service de l'investissement, notamment via la création d'indices ESG dont un indice de pollution. Alice Froidevaux, Lead Data Scientist chez QuantCube explique : « Avec 2 images Sentinelle, vous pouvez répertorier n'importe quel endroit en Europe et ailleurs. Vous pouvez même aller plus loin dans la prévision et voir s'il s'agit d'une zone résidentielle, commerciale ou industrielle. Vous pouvez ensuite utiliser des images plus haute résolution et répertorier ces sites en 62 catégories différentes : hôpitaux, commissariat, aéroport, etc. Si vous croisez ensuite ces informations avec celles du satellite Sentinel 5P, vous obtenez des renseignements sur les particules de dioxyde de soufre et d'azote. Et enfin, en vous servant de la vitesse et de la direction du vent, vous pouvez établir un lien entre un nuage de pollution et un site, et créer ainsi un indicateur de performance clé dédié à la pollution. »  QuantCube utilise les satellites de la même façon pour retracer tout le cheminement de la pollution de l'eau jusqu'à sa source. Il est donc possible de savoir quel site ou bâtiment pollue un cours d'eau ou la mer.

Les données spatiales peuvent aussi servir à étudier les répercussions du changement climatique sur les différents secteurs d'activité.

QuantCube utilise par exemple les données météorologiques et océanographiques pour suivre les évènements climatiques extrêmes qui impactent différents secteurs comme l'agriculture ou les infrastructures. « Vous pouvez suivre les bandes spectrales et constater l'impact sur les différentes cultures » précise Alice Froidevaux. Si aujourd'hui l'analyse se fait au niveau macro ou géographique, les sociétés d'analyse entendent se concentrer sur le micro en croisant les données satellites avec d'autres sources d'information comme des rapports, des études, les réseaux sociaux et autres. Il en résulterait des données augmentées à même de suivre l'évolution des dimensions environnementales et de la gouvernance au niveau de chaque entreprise.

Une source supplémentaire

Quelle est l'utilité réelle de ce type de données satellites et d'analyse pour les stratégies d'investissement durable ? À l'heure actuelle, peu de gestionnaires d'actifs sur ce créneau utilisent ces données alors que c'est pourtant une source de preuves incontestables en matière de performance environnementale qui va au-delà de ce qu'une société communique par elle-même. Depuis de nombreuses années déjà, les investisseurs en matières premières cherchent à exploiter des sources alternatives de données afin de gagner un avantage qui vient compléter les sources publiques largement exploitées. Michael Haigh, responsable mondial de la recherche en matières premières chez Société Générale, estime que les données satellites peuvent être exploitées de la même façon pour un investissement en matières premières que durable.

« Je peux regarder des données satellites et voir de combien un gros pétrolier ressort de l'eau, ce qui me donnerait une indication sur la quantité de pétrole qu'il transporte. »

Michael Haigh
Responsable mondial de la recherche en matières premières chez Société Générale

Il ajoute : "Un investisseur durable pourrait se servir de la même image pour contrôler la pollution autour du bateau. C'est la même donnée mais utilisée à différents escients. C'est passionnant et plus les gens s'y accoutument, plus ces images sont faciles à comprendre."

À mesure que l'investissement durable prend de l'ampleur, l'accès à des données et outils d'analyse fiables devient une nécessité. Les données satellites peuvent en être la réponse, proposant des informations indépendantes et claires, recherchées pour l'appréciation de la performance environnementale d'une entreprise.

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