ESG En Amérique du Nord : le « S » est-il la partie cachée de l’iceberg des entreprises ?

24/02/2021

L’appel corporatif à joindre notre conversation nationale sur des enjeux sociaux s’était déjà considérablement accru en 2020 et il promet de battre de nouveaux records sur 2021. L’année dernière, les entreprises se sont empressées de répondre à une série d’urgences sociales, qu’il s’agisse de la détresse causée par la pandémie Covid-19, de la conversation sur la justice raciale ou encore de la dure réalité de la question climatique. Les premières semaines de 2021 ont aussi également suscité un positionnement de la part du monde corporatif sans précédent tant sur des niveaux politiques qu’idéologiques et ce, parmi toujours plus de bouleversements. Tout cela soulève une question : il y a un rôle indéniable que les entreprises américaines pourraient jouer dans la réponse sociale, et que serait-il ?

Karl Pettersen
Karl Pettersen
Chief Sustainability Officer
Societe Generale Americas

L’appel à l’action est fort : des mots tels que « justice sociale » nous pointent la conduite juste ou injuste que nous avons. L’inaction devient immorale et rappelle un lourd fardeau historique. Mais aussi fort que puisse être l’appel, une réponse constructive et efficace exige d’être nuancée. Notre débat national continue de se concentrer sur les inégalités, ce qui nécessitera de s’attaquer aux déséquilibres intolérables et indésirables des pouvoirs (qu’ils soient économiques, juridiques, politiques ou culturels, tous actuellement exacerbés au travers de la pandémie Covid-19). Une véritable solution signifie trouver un équilibre différent, ce qui signifie aussi remettre en question les affirmations de légitimité et d’autorité qui existent aujourd’hui.

Nous avons besoin de principes d’action, de nouvelles mesures et de l’élaboration méticuleuse d’une vision à long terme. Pour y parvenir, tout comme dans le « E » de ESG, une   réponse sociale du monde corporatif se  doit  d’être publique (communications aux marchés),  permanente (faisant partie de la stratégie à long terme et du branding d’une entreprise), significative (manifestée au travers de ses produits, de ses mécanismes de gouvernance, de sa répartition du capital, de sa vision, de sa chaîne d’approvisionnement et enfin de sa main-d’œuvre) et utile (conçue spécifiquement pour répondre aux besoins sociétaux exprimés). C’est ainsi, que se précisera la forme de cette réponse émergente, adaptable et durable.

Alors pourquoi le monde corporatif se trouvait jusqu’à présent si hésitant ? Au cours des douze derniers mois, nous avons constaté un renouvellement généralisé des engagements en faveur de la diversité et de l’inclusion, de la philanthropie et de la santé et de la sécurité des employés. Mais  de nombreuses recherches universitaires soulignent déjà le fait que la plupart des programmes de D&I se montrent inefficaces pour lutter contre les biais (ou pire, peuvent les accentuer); La philanthropie fait rarement pencher la balance du côté de la performance financière des entreprises ou de la perception du marché et est souvent logée en toute sécurité dans une organisation sœur; la santé et la sécurité des  employés est également sans doute une norme culturelle minimale attendue pour tout employeur dans les principaux pays industrialisés. Un certain nombre de débats récents très médiatisés ont également sensibilisé la population quant à l’impact des entreprises sur notre tissu social, que cela soit au travers de tactiques de gestion de la clientèle, de prouesses législatives en matière de lobbying, de manœuvres fiscales et comptables habiles ou de répartition de la richesse.

En fait, Il ne s’agit pas là d’une question d’intention, mais plutôt d’encadrement. Une partie du pouvoir (d’où l’hésitation) dans le cadre d’une réponse sociale de grande envergure exigerait également un changement puissant au sein des entreprises. Quel genre de changement ?  Le « E » de l’ESG nous donne plusieurs indices utiles. L’un des moteurs les plus puissants du « E » est la science du climat, qui nous révèle avec une précision flagrante que la décarbonisation est un enjeu vital, urgent et colossal. En revanche, en ce qui concerne les facteurs « S », il n’y a pas de langage commun. Ceux-ci resteront probablement plus sujets à interprétation locale car ils appartiennent à l’histoire, aux lois, aux coutumes et aux idéologies locales. Au-delà de la question de la taxonomie, un plus gros problème se cache à la vue de tous.   Au niveau individuel des entreprises, le « E » donne un ensemble de directives : identifier votre contribution historique à la détérioration de l’environnement, reconnaître la question dans un mea culpa public, et rectifier le tout sous étroite surveillance. Quant au « S », ces idées suggèrent un ensemble de choix décourageants.

Pour parler franchement, dans le vaste récit qui imprègne de nombreuses entreprises, le prix des actions est devenu la mesure de valeur la plus répandue.  Cet état d'esprit a des conséquences importantes dans la mesure où un "prix plus élevé" peut devenir impossible à distinguer d'une "valeur plus élevée" (alors qu'en fait le prix passe aussi par des choix comme l'offre d'actions et l'expression comptable). Les rachats d'actions et autres opérations similaires ont la même valeur que les améliorations progressives et minutieuses apportées à l'entreprise, et une disparité croissante des récompenses pour la production dans l'ensemble de l'entreprise devient immédiatement un indicateur de réussite. En termes simples, l'inflation des prix signifie la même chose qu'une augmentation de la production, et l'inégalité interne qu'elle produit devient une vertu. Est-il donc surprenant que l'on puisse se sentir mal à l'aise lorsqu'on lui demande de s'attaquer à l'inégalité externe ?

Il existe une voie à la fois stimulante et positive, qui transforme l'appel à l'action actuel en un mouvement vers un sens partagé avec un engagement sans réserve et sans ambiguïté. Les bons principes d'action (publics, permanents, significatifs et utiles) rendent également les arbres de décision beaucoup plus évidents à tous les niveaux d'une organisation. Et à mesure que nous élargirons notre ouverture ESG, la transition énergétique ne fera que s'accélérer à partir de là, et ces réflexes se renforceront à mesure que les entreprises se concurrenceront pour se diriger les unes les autres à travers les vastes changements technologiques, financiers et intersectoriels qui seront nécessaires.  Les lettres "E", "S" et "G" auront alors une chance de nous laisser de véritables marqueurs de réussite partagée.


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